ASRC

Julie White du SCEP prend la parole sur l’assurance-médicaments au congrès de l’ASRC

Julie White s'adresse au congrès de l’ASRC.

Introduction

Je vais premièrement vous parler de George Rozon, un membre du SCEP et président d’une de nos sections locales en Alberta. Voici ce qu’il a dit concernant sa situation lorsque la Coalition canadienne de la santé a tenu des audiences sur les problèmes qu’ont les gens avec leurs médicaments. 

« J’ai le diabète depuis plus de 40 ans et j’ai eu un pontage et une greffe de rein.  

Présentement, mes médicaments antirejet coûtent 2000 $ par mois et sont remboursés par le gouvernement de l’Alberta, sous un programme spécial qui couvre les médicaments pour les greffes de rein. Le gouvernement a communiqué avec l’assurance de mon employeur concernant la couverture de ces médicaments, mais l’assurance ne rembourse que 80 % du coût du médicament et conséquemment, j’aurais été forcé de payer l’autre 20 %. Ceci représente 400 $ par mois. Un médecin de l’unité de greffes de rein a déclaré que les patients ne devraient pas avoir à payer ces médicaments, donc le gouvernement paie.  

Mon assurance médicaments au travail paie mes autres médicaments et ceux de mon épouse. Ensemble, ceci a coûté 11 000 $ l’an dernier. L’assurance paie 80 % et je paie l’autre 20 %, soit 180 $ par mois ou 2 200 $ par année.  

Je m’inquiète de ce qui arrivera lorsque je prendrai ma retraite dans quelques mois. Je dois prendre une retraite hâtive et quitter mon travail lorsque j’atteindrai mes 55 ans. Je ne serai plus couvert par l’assurance-médicaments de mon employeur et je nécessiterai encore 900 $ de médicaments par mois. Je ne sais pas combien de ce montant sera défrayé par l’assurance du gouvernement de l’Alberta.

Un autre problème est que j’aimerais déménager à Halifax au moment de ma retraite afin de me rapprocher de la famille de mon épouse et de mes petits enfants. Toutefois avant de pouvoir déménager, je dois vérifier si le gouvernement de la Nouvelle-Écosse acceptera de payer mes médicaments. 

Tout ceci ne donne pas une très bonne perspective de la retraite lorsque vous dépensez autant d’argent pour rester en vie. Nous pensions pouvoir profiter de la vie et voyager au moment de la retraite. Au lieu, nous devons nous inquiéter de pouvoir payer mes médicaments. C’est vraiment énervant lorsque vous contemplez la situation. » 

(George Rozon, section locale 1118 du SCEP, Edmonton, Alberta)

 

Comment cela peut-il se produire?  Nous aimons croire que nous avons des soins de santé publics ici au Canada, mais la vérité est que nous avons seulement 2/3 d’un régime de santé public — Tommy Douglas désirait des hôpitaux, lesquels il a obtenus en premier lieu; des médecins qui ont été ajoutés quelques années plus tard; et une assurance-médicaments qui ne s’est jamais concrétisée.

Partie 1: Ce que nous avons

Programmes provinciaux — couvrent les gens qui sont le plus dans le besoin, l’aide sociale, certains aînés selon leurs revenus, leurs problèmes de santé et genres de médicaments. Ces programmes varient d’une province à l’autre et sont généralement pires dans les provinces atlantiques — c’est pourquoi George aura peut-être de la difficulté à déménager en Nouvelle-Écosse. Dans certains cas, ils sont aussi un cauchemar administratif. À l’Île-du-Prince-Édouard, qui n’est pas notre province la plus peuplée, il y a plus de 20 assurances médicaments qui couvrent des gens différents, des maladies différentes et des médicaments différents. C’est une tâche terrible lorsque vous êtes malade et vous devez mettre de l’ordre dans tout cela.

Les programmes professionnels — en l’absence d’un régime public pour tous, les syndicats tentent de négocier des assurances médicaments pour leurs membres. C’est une partie importante de nos soins de santé qui relève encore du secteur privé et qui est gérée par l’entremise de compagnies d’assurances privées. Seize millions de Canadiennes et de Canadiens sont couverts par un régime professionnel — ceci représente la moitié de la population. 

Toutefois, les syndicats ont des difficultés à satisfaire les besoins des gens :  

a) Combien de travailleuses et de travailleurs n’ont pas d’assurance-médicaments? 42 %. Donc, seulement 58 % des travailleuses et des travailleurs ont une assurance-médicaments au travail. 

b) Qu’entendons-nous par couverture? Les régimes varient — George a une couverture à 80 % qui est bonne, mais ce n’est pas suffisant. La couverture à 100 % est rare — plusieurs gens ont 70 % ou 60 %. Souvent, ce sont les travailleuses et les travailleurs les plus mal rémunérés qui ont les pires assurances ou pas d’assurance — les travailleuses et les travailleurs non syndiqués, à temps partiel, temporaires ou jeunes. Ces gens ont le plus de difficultés à payer leurs propres médicaments — est-ce juste? 

c) L’autre problème évident est qu’un régime en milieu de travail est rattaché à l’emploi. Si vous changez d’emploi, êtes mis à pied ou prenez votre retraite, le régime disparaît. Tout comme George, les retraités ne sont pas souvent couverts. Seulement un quart (26 %) des retraités âgés de plus de 65 ans sont couverts par un régime professionnel. 

Tout ceci n’a rien à voir avec votre santé ou vos besoins de médicaments — c’est relié à l’endroit où vous travaillez et où vous habitez.  

Trois millions de personnes n’ont aucune couverture et sont sous-assurées — 10 % de la population. Beaucoup de gens déboursent pour beaucoup de médicaments. 

Québec

La situation du Québec est meilleure en ce qui a trait à l’accès aux médicaments, parce chaque personne de la province doit être couverte — soit par une assurance privée au travail ou par le régime public. Ceci est positif parce que de cette façon, chacun a accès aux médicaments et le cas de George Rozon n’existerait pas au Québec. Toutefois, c’est encore un mélange de services publics et privés et non pas uniquement un régime public. Il existe de véritables problèmes.  

La population active en meilleure santé est couverte par les assurances privées, tandis que les personnes qui ont des besoins supérieurs sont à la charge du régime public. Ceci signifie que le fardeau du régime public est lourd pendant que les compagnies d’assurances assurent le groupe « en meilleure santé ». Le coût du régime public connaît une hausse importante et le montant que les Québécois versent par l’entremise du régime fiscal augmente rapidement. Le Québec se heurte au même problème de durabilité financière que le reste du pays parce que rien n’a été fait pour contrôler les coûts (voir ci-après). Aussi, les Québécois font face au même problème de mobilité — s’ils déménagent dans une autre province, leur couverture changera.

Partie 2: Cette mosaïque inadéquate est menacée — par les coûts à la hausse des médicaments

Au cours des dix dernières années, les dépenses pour les médicaments ont augmenté en moyenne de 11 à 12 % par année, bien au-delà de l’inflation, trois à quatre fois le taux d’inflation. Ces augmentations sont insoutenables — plaçant des pressions énormes sur les régimes publics et privés. 

Les pressions sur les provinces — l’argent est tiré des autres aspects des soins de santé pour financer les programmes de médicaments; des réductions ont été faites en ce qui a trait à l’approvisionnement des médicaments ou les contributions ont augmenté; la plupart des provinces demandent la participation du fédéral comme c’est le cas de notre régime d’assurance-maladie (présentement le gouvernement fédéral contribue seulement 3 % du coût des médicaments).  

Les pressions sur les régimes privés et la négociation collective — les employeurs cherchent à réduire les coûts, les syndicats n’arrivent pas à négocier des améliorations, ils ont de la difficulté à maintenir les régimes d’assurance médicaments déjà en place. Il y a une perte d’avantages, ainsi qu’une augmentation de la contribution des travailleuses et des travailleurs aux primes.

Raisons qui motivent la hausse des prix — les compagnies pharmaceutiques

Pourquoi les coûts des médicaments augmentent-ils si rapidement? 

Vous entendrez que nous avons une population vieillissante; vous entendrez que les gens peuvent quitter les hôpitaux plus rapidement avec des médicaments pour les aider; et naturellement, il y a les nouveaux médicaments miracles — on les appelle ainsi parce que si vous pouvez les acheter, c’est un miracle.  

Tout cela est vrai jusqu’à un certain point, mais toutes ces raisons obscures la raison principale et accablante des augmentations. 

Étude en Colombie-Britannique — 80 % des augmentations de prix sont motivées par les médicaments succédanés.

Des médicaments succédanés — c’est quoi?

C’est le même médicament ou presque le même médicament qui est déjà sur le marché — il pourrait y avoir une très petite différence, c’est peut-être une dose différente ou une grosseur différente ou une couleur différente, mais sur le plan thérapeutique c’est le même médicament. Ce médicament succédané obtient une nouvelle approbation de Santé Canada. De tous les médicaments approuvés par Santé Canada chaque année, 85 % sont des médicaments succédanés. Un médicament reçoit l’approbation lorsqu’il est meilleur qu’un placébo — meilleur qu’une pilule de sucre — mais celui-ci n’est jamais comparé à aucun médicament qui existe déjà sur le marché. Ce n’est pas parce qu’il est plus nouveau, qu’il est meilleur. En fait, il pourrait être pire parce qu’il n’a pas été utilisé aussi largement par la population en général. Toutefois, le médicament pourrait recevoir un nouveau nom, un nouvel empaquetage et certainement un prix plus élevé lorsqu’il entre sur le marché. 

Maintenant, vous demanderez sûrement — comment peuvent-ils vendre le même médicament à un prix supérieur? Ceci ne fonctionnerait pas parce que les gens ne l’achèteraient pas. 

Comparons l’acétaminophène de Shoppers Drug Mart — exactement le même produit, le même nombre de pilules, même médicament. Une marque coûte 58 % du prix de l’autre marque déposée. Comment y arrivent-ils? Qui achèterait ce produit? Prenez un autre produit — un jeans — même chose, côte à côte sur une tablette, un coûte plus cher.  

La réponse est — la publicité, beaucoup de publicité. Les compagnies pharmaceutiques dépensent sur la publicité, trois fois le montant qu’elles allouent à la recherche. Cela fonctionne ou elles ne le feraient pas. Toutefois, l’acétaminophène est un médicament sans ordonnance. Pour les médicaments sur ordonnance, c’est beaucoup plus insidieux, beaucoup plus sinistre.

 

Julie White démontre que la publicité incite les gens à se procurer des médicaments de marque coûtant plus cher plutôt que des médicaments génériques, aussi efficaces mais moins coûteux.

Les médicaments sur ordonnance — convaincre les médecins

Entre vous et le médicament sur ordonnance, il y a le médecin. Donc, beaucoup d’efforts sont déployés pour convaincre les médecins de prescrire les nouveaux médicaments plus dispendieux. Il est estimé que les compagnies pharmaceutiques dépensent plus de 30 000 $ par année pour chaque médecin au Canada afin d’y arriver. C’est le prix d’un vendeur des ventes qui visite constamment les médecins, apporte des buvards, des stylos, des chartes, des brochures d’information et des échantillons gratuits — sans oublié les voyages gratuits, les colloques et le paiement de présentations. 

Ce qui nous inquiète beaucoup est que les médecins ne reçoivent pas d’autres sources, les informations concernant les médicaments — le seul matériel qu’ils ont en mains provient des compagnies pharmaceutiques. Aussi, souvent la seule éducation en cours et les mises à jour proviennent aussi des compagnies pharmaceutiques. Le Journal de l’Association médicale canadienne a déclaré que le fait de laisser l’éducation dans les mains des compagnies pharmaceutiques «compromettait les principes éthiques de la profession ». 

La recherche a démontré que tout ceci a des répercussions sur les ordonnances. C’est de cette façon que les médicaments génériques et de marques déposées moins dispendieuses sont ignorés dans la course aux « nouveaux » médicaments plus dispendieux. 

Les experts dans le domaine des médicaments me disent que personnellement, ils ne prendraient pas un médicament qui n’est pas sur le marché depuis au moins 3 ans. Ils n’ont pas été suffisamment mis à l’essai dans le vrai monde et lorsque les médicaments sont rappelés, ceci se produit habituellement dans les 2 ou 3 premières années. Vioxx, par exemple, est un médicament antidouleur qui a tué des milliers de gens en Amérique du Nord — sauf en Colombie-Britannique où le gouvernement a refusé de l’inscrire au formulaire, c’est une liste des médicaments. 

Le médicament le plus vendu au Canada

Donc, les médecins reçoivent de l’information que des compagnies pharmaceutiques et les compagnies font pression pour des usages additionnels sans faire d’autres recherches, par exemple le cholestérol et Lipitor. Lipitor est le médicament le plus vendu au Canada et dans le monde (9 millions d’ordonnances par année au Canada). Il y a un consensus à savoir que ce médicament réussit vraiment à prévenir les incidents cardiaques chez les patients qui ont déjà eu des problèmes et possiblement chez les gens dont des membres de la famille ont des maladies cardiaques. Toutefois, il est prescrit très fréquemment à titre de mesure préventive à des gens en bonne santé qui n’ont pas de maladie cardiaque dans la famille. 

Bien qu’un Canadien adulte sur 8 prenne maintenant un médicament pour abaisser le taux de cholestérol, l’usage de ce médicament suscite une divergence d’opinions importante et constante au sein du milieu médical. Le rôle du cholestérol dans notre corps n’est pas pleinement compris et les gens avec des taux élevés de cholestérol n’ont pas nécessairement des crises cardiaques tandis que les gens ayant des taux de cholestérol peu élevés font des crises cardiaques. Ce n’est pas une relation directe. Le médicament a des effets secondaires sérieux et il est maintenant prescrit avec une mise en garde. Puisque « le taux de cholestérol considéré élevé » a été baissé à deux reprises, un plus grand nombre de gens font partie de la catégorie des personnes qui prennent ces médicaments. Plus ils sont utilisés, plus les avantages des médicaments visant à réduire le taux de cholestérol sont mis en question. 

Entre-temps, nous savons avec certitude ce qui prévient les maladies cardiaques et c’est ce que votre mère vous a dit — mangez vos légumes et allez jouer dehors. En d’autres mots, l’alimentation et l’exercice. Naturellement, les compagnies pharmaceutiques ne font pas de recherche sur l’alimentation et l’exercice, pas plus qu’elles n’éduquent les médecins sur ces sujets. Et ensuite, il y a le restaurant qui annonce « Foie gras, bon à en crever — n’oubliez surtout pas votre Lipitor ».

Tout cela me rappelle le scandale entourant le traitement hormonal substitutif (THS). Au plus haut point, la campagne publicitaire disait que toutes les femmes devaient prendre le THS à partir de 50 ans, et ce, jusqu’à la fin de leurs jours. Des millions de femmes l’ont fait. On nous a dit que ce traitement éliminait non seulement les effets secondaires de la ménopause, mais nous donnait une allure plus jeune, que nous serions plus animées et qu’il nous protègerait du cancer. Ceci a été renversé il y a quelques années lorsqu’il a été découvert que les THS causaient des crises cardiaques, des caillots, du calcul biliaire, de l’incontinence et le cancer du sein. Il est maintenant recommandé que dans un nombre minime de cas, à une dose très basse et pour une période de temps la plus courte possible. Cependant, les compagnies pharmaceutiques ont fait fortune. 

Partie 3: Résoudre les problèmes — Un régime national d’assurance-médicaments

Je viens de l’Angleterre et chez moi les médicaments sur ordonnance coûtent 12 $, quel que soit le médicament. Les enfants de moins de 18 ans et les personnes âgées de plus de 65 ans ou qui reçoivent de l’aide sociale, ne paient rien. 

Ici au Canada, on nous dit sans arrêt que ce serait trop dispendieux d’avoir un régime national d’assurance-médicaments. Si c’est le cas, pourquoi tous les pays industrialisés en ont un, à l’exception de deux — le Canada et les États-Unis. 

Aussi, un régime public serait moins dispendieux, un régime public serait viable. 

Coûts administratifs

Nous savons que l’administration des régimes publics coûte moins cher que celle des régimes privés. Dans les régimes d’assurances privés au travail, il y a des milliers de régimes d’assurances et des millions de réclamations individuelles et tout cela doit être géré. Les employeurs et les travailleurs et travailleuses paient des primes pour les assurances médicaments au travail et seulement 75 % du coût est utilisé pour acheter des médicaments. L’autre 25 % est réservé pour l’administration, la publicité, les conseillers et les profits. 

La négociation pour gérer les coûts

En tant qu’individu, vous ne pouvez pas influencer le coût de vos médicaments, vous ne pouvez pas négocier avec les compagnies pharmaceutiques. Toutefois, dans les pays où il y a des régimes d’assurance-médicaments à payeur unique, les gouvernements le font. En Nouvelle-Zélande par exemple, une étude de quatre catégories différentes de médicaments a démontré qu’ils obtenaient les médicaments à 50 % du prix que nous payons. En fait, les provinces de l’Ouest ont récemment annoncé une initiative pour tenter de développer une façon d’acheter les médicaments ensemble afin de pouvoir négocier les prix avec les compagnies pharmaceutiques.

Pratiques d’ordonnance

Il est clair que nous avons besoin d’une agence publique indépendante qui fournit des informations et éduque les médecins concernant les médicaments et les pratiques d’ordonnance. Ceci pourrait faire partie du régime d’assurance-médicaments public.

La campagne pour l’assurance-médicaments

La Coalition canadienne de la santé a entrepris une lutte pour un régime national d’assurance-médicaments public. 

Regardez le rapport intitulé « L’accès aux médicaments d’ordonnance ». C’est un rapport sur les audiences tenues à travers le Canada sur les problèmes qui se présentent aux gens concernant leurs médicaments d’ordonnance. Vous trouverez ce rapport, de même que d’autres rapport et fiches documentaires, sur le site Web : www.healthcoalition.ca

La Coalition a maintenant entrepris une nouvelle recherche, considérant toutes les questions entourant les coûts et les épargnes associés à un régime d’assurance-médicaments national au Canada. Ce rapport étudiera les régimes des autres pays et de certaines de nos provinces. Nous voulons être en mesure de répondre à ceux qui disent que ce sera trop dispendieux.

À un certain moment l’an prochain, ce rapport sera publié et nous exercerons certainement des pressions dans ce dossier — joignez-vous à nous.

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