L’économie des soins est le super-pouvoir économique inexploité du Canada

6 mars 2026

Pourquoi la résilience économique du Canada dépend de la continuation de l’investissement dans les soins

Par Siobhán Vipond, vice-présidente exécutive du Congrès du travail du Canada, et Mitzie Hunter, présidente et directrice générale de la Fondation canadienne des femmes 

Vu le bouleversement en cours du commerce mondial et l’instabilité économique qui change le monde, le gouvernement Carney a promis d’apporter un soutien stratégique à des secteurs clés afin de renforcer l’économie canadienne. Or, faute d’investissements audacieux et soutenus dans l’économie des soins, ses efforts seront voués à l’échec. 

L’assujettissement de l’économie des soins aux alliances pour la main-d’œuvre annoncée dernièrement est un pas en avant. Cependant, des décisions antérieures telles que celle qui a trait à la péremption de la Table sectorielle sur l’économie des soins—à laquelle nous avons été invités à participer—ainsi que les lacunes du budget fédéral le plus récent et le blocage des progrès vers l’instauration d’un programme national sur les garderies à 10 $ par jour font l’objet de graves inquiétudes. 

Tous les fonds affectés à l’économie des soins doivent être reconnus et traités comme ce qu’ils sont : des investissements dans un puissant moteur économique qui pose les bases de tous les autres secteurs stratégiques. 

Le travail de prestation de soins, accompli principalement par des femmes, et surtout des femmes autochtones, racialisées, immigrantes et migrantes, est ce qui permet au reste de notre économie de fonctionner et de prospérer. En l’absence de services de garde d’enfants, les parents ne peuvent pas occuper un emploi rémunéré. Faute de soins de longue durée et de soins à domicile, les familles sont exclues de la population active. En l’absence de personnel infirmier et enseignant, de personnes préposées aux bénéficiaires et d’éducatrices et éducateurs et aide-éducatrices et aide-éducateurs de la petite enfance, il n’y a pas de productivité, d’innovation ou de croissance économique. 

C’est pourquoi le Canada a besoin d’une stratégie fédérale globale soutenant l’économie des soins et investissant dans celle-ci.

Les emplois rémunérés de prestation de soins génèrent au moins 13 % du PIB du Canada et constituent 22 % des emplois du pays. Le travail de soins non rémunéré, par exemple le fait de prendre soin d’enfants, de parents vieillissants ou de personnes en situation de handicap, a une valeur qui peut atteindre 860 milliards de dollars ou environ 37 % du PIB du Canada. C’est plus que la valeur combinée des secteurs de la fabrication et de la vente en gros et au détail.

À mesure que sa population vieillit et que le besoin de soins augmente, l’économie des soins devrait constituer un des principaux facteurs de croissance économique et de création d’emplois du Canada. 

L’investissement dans les soins rapporte de vrais gains économiques. Des études ont indiqué que le régime de services de garde du Québec, qui est le plus utile du Canada, comporte 1,75 $ de recettes fiscales provinciales et fédérales par dollar investi. C’est une preuve claire du succès que peut avoir un programme public.   

Le premier ministre Carney a parlé de renforcer l’économie du Canada grâce à des investissements. Toute stratégie efficace doit reconnaître que les personnes sont notre actif le plus important. Cela exige un accès universel à des services publics ou sans but lucratif abordables et de qualité pour que les gens puissent travailler, apprendre et vivre dans la dignité. Cela exige également de créer de bons emplois comportant des conditions de travail sécuritaires. Et cela exige de reconnaître que les personnes fournissant des soins—rémunérés ou non—sont indispensables à la résilience économique du Canada. 

Quand la pandémie de la COVID-19 a frappé, les membres du personnel des soins ont été loués en tant que héros et héroïnes alors qu’ils enduraient l’épuisement professionnel, l’insuffisance chronique des effectifs et les conséquences mortelles d’années de mesures d’austérité et de privatisation. Nombreux sont ceux qui ont quitté le secteur. Certains sont tombés gravement malades. D’autres sont morts. Nous ne pouvons pas négliger ces conséquences, ni aller de l’avant sans s’attaquer à leurs causes fondamentales. 

Six années plus tard, la demande de soins continue à augmenter tandis que les pénuries de main-d’œuvre se creusent. Les femmes continuent à porter le gros du fardeau, réduisant leur travail rémunéré, refusant des promotions ou quittant carrément la population active pour combler les lacunes des services de garde d’enfants, des services aux aînés et des soutiens des personnes en situation de handicap. 

Il est temps d’avoir des conversations ambitieuses et propres à renforcer le pays au sujet de l’économie des soins en tant que base des moyens par lesquels le Canada peut survivre aux nombreuses crises économiques naissantes, y compris celle qui est causée par l’incertitude au sujet du changement rapide de l’ordre économique mondial. 

Les syndicats et les organisations militant en faveur des droits des femmes au Canada sont prêts et disposés à s’associer au gouvernement actuel pour renforcer la résilience et l’indépendance économiques du Canada en adoptant une stratégie innovante d’investissement dans des soins de calibre mondial. 

Pour y arriver, le Canada doit créer une Commission de l’économie des soins selon une initiative intersectorielle coordonnée visant à établir des recommandations concrètes sur l’expansion durable de l’économie des soins, à assurer des emplois décents et dignes comportant un salaire suffisant pour vivre dans tous les secteurs des soins, à renforcer les protections et l’équité dont bénéficient les personnes fournissant des soins et à garantir l’accès aux soins de toutes les personnes vivant au Canada. 

Si le gouvernement actuel entend vraiment fortifier la souveraineté économique du Canada, il doit commencer là où commence la véritable force économique : dans les soins. 

L’accès des femmes à la justice économique et la sécurité économique du Canada—qui sont les deux facettes de la médaille—en dépendent. 

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